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Chez l’insecte, la perception de l’environnement

mardi 13 juin 2017 - Rédaction SNP

Très intéressante information de la remarquable lettre professionnelle TVAGRI qui nous donne une idée de la complexité de la recherche écologique qui nous permettra sans doute un jour, tel le Joueur de flûte de Hamelin de la légende de Grimm de conduire nos chers papillons en dehors de nos villes et plus précisément dans nos piéges...

Chez l’insecte, la perception de l’environnement grâce aux odeurs dépend d’un répertoire de récepteurs olfactifs, dont le fonctionnement reste aujourd’hui encore peu étudié. Pour la première fois, des chercheurs de l’Inra, de l’UPMC et de l’Université suédoise des Sciences Agricoles ont analysé ce répertoire de récepteurs chez un papillon, Spodoptera littoralis, dont la chenille est un redoutable ravageur des cultures.

Ils ont mis en évidence que bon nombre de ces récepteurs sont très performants pour détecter les molécules volatiles émises par les plantes. L’évolution récente de certains d’entre eux souligne l’adaptation de ces insectes à leur niche écologique. Ces résultats sont publiés le 5 juin 2017 dans la revue Nature Communications.

Chez l’insecte, la communication chimique, qui repose sur la perception d’odeurs par le sens olfactif, est vitale pour survivre et se reproduire. La perception de son environnement (qu’il s’agisse de sources de nourriture, de congénères ou encore de prédateurs) met en jeu des récepteurs olfactifs, c’est-à-dire des protéines membranaires qui transforment les signaux odorants en signaux électriques dans les neurones des antennes de l’insecte.

Aujourd’hui, même si les récepteurs olfactifs de nombreux insectes ont été identifiés, la plupart d’entre eux ne sont pas encore caractérisés fonctionnellement, c’est-à-dire qu’on ne sait pas quelle(s) odeur(s) chacun reconnait.

Des chercheurs de l’Inra, de l’UPMC et de l’Université suédoise des Sciences Agricoles se sont intéressés aux récepteurs olfactifs d’un papillon ravageur de cultures, la noctuelle du coton Spodoptera littoralis. Leur objectif : mieux comprendre l’écologie de cet insecte à travers la perception qu’il a de son environnement.

Pour la moitié d’entre eux, les odeurs qui les activent ont été identifiées. Plus ou moins spécialisés, ces récepteurs sont sensibles à diverses odeurs : des odeurs vertes rappelant la pelouse tondue, des odeurs florales ou encore des phéromones sexuelles.

Ils sont particulièrement performants vis-à-vis des terpènes, des composés émis par les feuilles, susceptibles d’intéresser les chenilles herbivores, et les fleurs, à même d’attirer les adultes se nourrissant de nectar. S. littoralis se distingue ainsi d’autres insectes qui occupent des niches écologiques différentes, telle D. melanogaster plutôt portée sur les odeurs de fruits pourris ou le moustique Anopheles gambiae, vecteur du paludisme et friand d’odeurs de mammifères.

Des récepteurs anciens et d’autres plus récents

L’analyse de l’histoire évolutive des récepteurs de S. littoralis et d’autres espèces de papillons révèle l’existence de 19 grandes familles de récepteurs chez les papillons.

Contrairement à l’idée admise que la séquence protéique d’un récepteur olfactif d’insecte ne permet pas de prédire sa fonction, les scientifiques ont mis en évidence une relation manifeste entre l’appartenance à une de ces familles et le type de composés odorants reconnus par un récepteur.

Ainsi les récepteurs des familles les plus anciennes (qui sont aussi les plus conservés au cours de l’évolution) sont sensibles à des composés cycliques très répandus dans le monde vivant, tel l’eugénol ou l’indole, tandis que les familles de récepteurs apparues plus récemment chez les papillons (et qui évoluent plus rapidement) sont spécifiques de phéromones ou de molécules, comme les terpènes ou les acétates à chaines courtes, émises par les plantes. Ces résultats témoignent de l’adaptation du système olfactif des papillons à des niches écologiques nouvelles.

Original et novateur à la fois pour son objet d’étude et son ampleur, ce travail se pose non seulement comme une référence pour explorer, à l’échelle moléculaire, l’olfaction d’autres papillons mais jette aussi les bases pour comprendre comment un insecte ravageur herbivore utilise son répertoire de récepteurs pour sélectionner, parmi tant d’autres, une plante hôte. Par l’identification de récepteurs clefs, il ouvre la voie à de nouveaux moyens de lutte contre les insectes ravageurs de cultures en lien avec l’olfaction.

Source : INRA

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